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La Poste en quête d’une meilleure rentabilité

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Depuis le début des années 2000, le groupe la Poste tente de diversifier ses services, de la téléphonie à la vente de crédit renouvelable, au passage du permis de conduire. Mais cette politique commerciale est-elle bénéfique pour le consommateur?

Largement concurrencé par le courrier électronique, le marché des envois de courriers postaux distribués en France est en déclin depuis plusieurs années. Ainsi, selon les derniers chiffres de l’ARCEP,  en 2014, le volume des envois de correspondances, représentait 12,3 milliards d’objets (-4,8 % par rapport à 2013), et le revenu associé à cette activité diminuait de 1 %  s’établissant à 7,8 milliards d’euros.

Pour tenter de limiter les dégâts, la Poste  augmente régulièrement le prix des envois postaux. Dernière nouveauté en date, depuis janvier 2016, le tarif des lettres de 50 grammes a disparu. Si votre lettre pèse 21g, il vous faut payer pour 100g, soit 1,60€. A noter, s’il vous reste des timbres de 50g, vous avez seulement jusqu’au 31 décembre 2016 pour les écouler!

Ne vous attendez pas à un changement de politique tarifaire, à l’avenir, puisqu’aucun concurrent n’a souhaité défier La Poste au niveau national, et ce malgré  la libéralisation du marché des lettres de moins de 50 grammes, le 1er janvier 2011.

Pour rester rentable, le groupe la Poste a dû diversifier ses activités. Aujourd’hui plus personne ne s’étonne de trouver sur les comptoirs de la Poste, des publicités pour des offres de la Poste Mobile ou de crédits à la consommation.

En 2006, la Poste a entamé sa « mue » et accueillait La Banque Postale pour endosser le statut d’une banque. Dans l’imaginaire collectif, la Banque Postale est pourtant considérée comme la banque de service public voire la banque des plus modestes pour certains. A ce titre, nous saluons son initiative contre l’exclusion bancaire et en faveur des publics les plus fragiles avec neuf partenaires, dont la Croix-Rouge et les Restos du cœur (1).

Mais ne nous leurrons pas, si les frais bancaires pratiqués par cette entité demeure assez compétitifs, comparé aux banques classiques,  la Banque Postale s’évertue désormais à être une banque comme les autres, et donc plus rentable.

Ainsi en octobre 2012, la Banque Postale lançait en toute discrétion le « service anti-dépassement », un crédit renouvelable aux antipodes de son image de proximité et d’accessibilité. Quant aux retraits sur les DAB d’une autre banque, cela vous coûte dorénavant 0,65€ à partir du cinquième retrait au distributeur d’un concurrent. De même, nous avons bien constaté que les conseillers bancaires de la Banque Postale placent, comme la concurrence, des assurances, des produits financiers, voire des abonnements mobiles, pas toujours très utiles pour leurs clients, et cherchent donc à rentabiliser au maximum ses clients.

Dernière nouveauté en date, depuis le 13 juin 2016, les candidats au code de la route peuvent passer leurs examens sur des sites de La Poste. La Poste annonce ainsi l’ouverture, d’ici la fin de l’année, de 300 centres d’examen sur tout le territoire (2).

Ce nouveau service à destination du grand public s’inscrit dans le cadre de la loi Macron du 6 août 2015, qui  réforme les conditions de présentation du permis de conduire afin de réduire le délai d’obtention du précieux sésame.

Pour atteindre cet objectif, plusieurs dispositions ont été prises par l’État, comme permettre à des opérateurs privés agréés, comme la Poste, d’organiser l’examen du code de la route. Avec cette réforme, les candidats auront ainsi accès à des sessions d’examen plus nombreuses, et ce, au prix unique de 30 euros par session, quel que soit l’opérateur choisi. Une nouvelle façon pour la poste de diversifier ses activités.

En résumé, cette société anonyme capitalisée (statut pris en 2010), avec des capitaux 100% publics, jongle plus ou moins adroitement entre sa quête de rentabilité et sa  mission de service public. Reste que cette stratégie ne doit pas se faire au détriment des citoyens notamment les plus fragiles. Les choix stratégiques dictés par la réalité économique lui permettront-elle de brandir encore longtemps son slogan : « la banque postale une banque pas comme les autres »?

(1) Pour en savoir plus : https://www.labanquepostale.com/legroupe/banque-et-citoyenne/engagement-citoyen/accessibilite-bancaire.inclusion.html

(2) Pour s’y inscrire à l’examen du code via la Poste, rendez-vous ici