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Que sait-on des perturbateurs endocriniens?

Souvent cités comme une préoccupation sanitaire majeure en France, les perturbateurs endocriniens et les risques qu’ils présentent sont pourtant mal connus du grand public. 

Le 16 mai 2017,  l’ALLDC 35 a participé à une conférence-débat intitulée «Eau potable et perturbateurs endocriniens : Que sait-on ?» co-organisée à Rennes par la Maison de la Consommation et de l’Environnement (MCE), la Collectivité Eau du Bassin Rennais et l’Assemblée Citoyenne de l’Eau (ACEau), et en a tiré les enseignements suivants : 

Les perturbateurs endocriniens sont des  molécules chimiques présentes dans les produits de consommation courante. Elles ont aussi pour effet de contaminer l’environnement, et sont capables de dérégler notre système hormonal même à des doses très faibles. On désigne également le perturbateur endocrinien sous l’appellation « leurre hormonal », ce qui montre bien son mode d’intervention : le perturbateur endocrinien fait croire à l’organisme qu’une hormone est en fonction, et donc qu’il n’est pas utile d’en envoyer vers l’organe. Ce blocage cause des dysfonctionnements de fonctions telles que la croissance, le développement, le comportement et l’humeur, la production, l’utilisation et le stockage de l’énergie, le sommeil, l’hémodynamique et la circulation sanguine, ainsi que la fonction sexuelle et reproductrice.

1 – Où les trouve-t-on?

Les plus connus sont :

  • le bisphénol A («BPA», qui a été interdit en France dans tous les contenants alimentaires en 2015, mais encore autorisé dans le reste de l’Union Européenne), utilisé pour la fabrication des plastiques, dont les biberons;
  • les phtalates, ajoutés aux articles en PVC pour les rendre plus souples (adhésifs, ballons, nappes, tuyaux, rideaux de douche, cosmétiques, jouets, …);
  • les parabènes (E 214 – E 219), conservateurs présents dans plus de 80% des cosmétiques (shampooings, crèmes hydratantes, mousse à raser, …) ;
  • les perfluorés (PFOA – PFOS), que l’on retrouve dans les moquettes, les canapés, les textiles et les vêtements imperméables, ainsi que dans les emballages de fast-food et les revêtements Téflon;
  • les pesticides et autres phytosanitaires organochlorés (DDT, chlordécone…) ; la France en est le premier utilisateur européen et le troisième mondial. 350 sortes de pesticides sont utilisés dans l’UE, parmi lesquels 40 sont des perturbateurs endocriniens. « On estime qu’environ la moitié de nos aliments présente des résidus de pesticides et que notre assiette nous expose en moyenne à une vingtaine de ces pesticides perturbateurs endocriniens de manière quotidienne», selon le toxicologue André Cicolella.

Ils sont donc PARTOUT, et s’en préserver totalement serait une utopie!
Toutefois, en prenant quelques précautions, le consommateur peut limiter ces menaces contre son système hormonal.

2 – Comment les éviter?

La question peut être traitée au niveau de la puissance publique (pourquoi n’interdit-elle pas l’emploi de certaines substances à risque?), mais aussi par une modification de nos habitudes.
Si une interdiction pure et simple semble une solution radicale, son application est moins évidente : lorsque l’on sait (a posteriori) que certaines molécules ont une action sur le fœtus, sans pour autant qu’un signe quelconque le laisse présager pendant la grossesse, et que l’impact n’apparaît qu’à la puberté de l’enfant, il s’écoule 10 à 15 ans ; …
Par ailleurs, les supposés perturbateurs endocriniens ne sont pas néfastes pour une population entière : certains touchent les bébés, les enfants (autisme, hyperactivité) ou les adolescents (problèmes de fertilité ou puberté précoce); d’autres touchent les femmes enceintes. Enfin, certains favoriseraient l’apparition du cancer de la prostate ou du sein.
Entre les chercheurs (qui classent les produits entre inoffensifs, suspectés et avérés, après parfois plusieurs décennies d’étude, et souhaiteraient que, même suspect, une molécule ne soit plus utilisée) et les lobbies (qui estiment que le principe de précaution consistant à interdire un produit suspect n’est pas admissible : « Pour interdire une molécule, il faut être sûr de sa dangerosité! »), le combat est déséquilibré. D’autant que la Commission Européenne veut des réponses claires (« oui » ou « non ») à des questions pas si évidentes.

Certains perturbateurs endocriniens ont néanmoins été interdits : ainsi, le bisphénol A (que l’on trouvait dans les biberons, interdit en 2015), le distilbène (prescrit jusqu’en 1971 aux USA, et 1977 en France, pour prévenir les fausses couches, il est à l’origine d’altération des organes reproducteurs –cancers, stérilité- chez les « enfants Distilbène ») et le chlordécone (insecticide utilisé pour lutter contre le charançon du bananier jusqu’en 1993, à l’origine de nombreux cas de cancers de la prostate aux Antilles) ; il n’en demeure pas moins que les sols contaminés des cultures bananières sont à l’origine de pollution des nappes d’eau souterraine, car le chlordécone est considéré comme polluant organique persistant (le temps qu’il faut pour que la moitié des quantités répandues ait disparu par la biodégradation est de l’ordre de siècles!).

Toutefois, « interdiction » ne signifie pas « élimination totale du risque » : pour obtenir le même effet, l’industrie va devoir trouver un substitut, dont la dangerosité ne sera peut-être prouvée que dans 20 ou 30 ans … Alors, quelle est la solution?
En tant que consommateurs, nous devons prendre nos précautions : lorsqu’on a le choix, privilégions le moindre risque.
A titre d’exemple, préférons les contenants en verre plutôt que ceux en plastique, et consommons les denrées qui contiennent le moins de résidus de pesticides (produits bios). Limitons l’emploi de cosmétiques contenant des conservateurs. Utilisons le savon de Marseille et le vinaigre, en lieu et place de certains produits susceptibles de contenir des perturbateurs endocriniens.
Ces précautions s’avèrent d’autant plus pertinentes que l’on se situe en âge de procréer (ne transmettons pas de « bombe à retardement » à notre fœtus) ou que les organismes sont en cours de formation (bébés, enfants et adolescents).

3 – Et l’eau potable dans tout cela?

Au cours du débat qui a suivi, Jean-Yves Gaubert, responsable des installations d’Eau du Bassin Rennais, a rappelé que depuis 20 ans, la recherche de pesticides était réalisée sur l’eau mise en distribution ; à raison d’une analyse tous les 3 jours, portant sur la recherche de 96 molécules, ce sont 11 000 données qui sont réunies chaque année.
Malgré cela, le risque « zéro » n’existe pas et nul ne peut affirmer que l’eau potable qui nous est livrée à domicile ne contient aucun perturbateur endocrinien. Quant à délaisser l’eau du robinet au profit de l’eau embouteillée, ce n’est pas une solution car certaines eaux minérales sont contaminées.
Afin de préserver les bassins versants, Eau du Bassin Rennais a déjà acquis 750 hectares de terres ; sur ces terres, Eau du Bassin Rennais installe de jeunes agriculteurs, à condition qu’ils n’utilisent pas de produits de traitement susceptibles de contaminer la nappe phréatique (pesticides et biocides, par exemple).

Cette conférence a été pour l’association très riche d’enseignements, mais elle a fait naître de nombreuses questions, restées sans réponse. 

Le nouveau ministre d’Etat en charge de transition écologique ne peut ignorer l’impact de ses perturbateurs sur la santé, nous serons attentifs à ses propositions concrètes en la matière.

Pour aller plus loin :

Les travaux de l’ANSES, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail :  cliquez ici