Le 9 janvier 2026, la Commission européenne a validé l’accord Mercosur, sa potentielle ratification par le Parlement européen le 12 janvier prochain s’inscrit dans un contexte de crise agricole importante en France, liée notamment à un épisode de dermatose nodulaire contagieuse impactant la production bovine française. Explications.

La France connait une longue période de crise agricole. Les agriculteurs se mobilisent massivement afin de faire entendre leur colère, liée à un manque de considération et un traitement juridique et administratif qu’ils jugent inadapté aux réalités du monde agricole. Entre  demandes de  simplification administrative et allègement des normes européennes, leurs revendications sont nombreuses.  La crise agricole actuelle est amplifiée par la perspective de ratification de l’accord Mercosur.

Après 25 ans de négociations,cet accordest sur le point d’être ratifié.Il s’agit d‘un accord delibre-échange entre l’Union européenne et les pays composant le Mercosur: l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay, et le Brésil.Sonobjectifest de libéraliser les échanges commerciaux entre les quatre pays d’Amérique Latine et l’Europe.

Le Mercosurest une association de libre échange fondéeen 1986 entreplusieurspays d’Amérique Latine, reposant surun marché commun,tout comme l’Union Européenne.La difficulté réside en l’équilibre des échanges entre les partenaires.En effet,les exportations ne seront pas de même nature, l’Union Européenne serait amenée à exporter des biens industriels et  desservices (automobiles,pesticides…)tandisque le Mercosur exporteraitdes produits agricoles (viande, tabac, alcool).

L’Union européenne conditionne davantage sa politique agricole à des exigences environnementales et sanitaires, tandis que le Mercosur privilégieledéveloppementéconomique,avec des exigences environnementales et sanitaires moins contraignantes. Cette asymétrie soulève la problématique de l’équilibre des échanges entre les parties à l’accordet vient exacerberunecrise agricole déjà existante.Les agriculteurs français contestent fortement cet accord en faisant valoir une nécessité de réciprocité des normes de production entre les pays de l’Union européenne et les pays d’Amériqueafin d’éviter l’émergence d’une concurrence déloyale. Cette concurrence serait causée par le coût moins élevé de production dans les Pays d’Amérique Latine (foncier, main d’œuvre, alimentation animale, …), les produits importés et vendus en France seraient alors moins chers que des produits français.

Cet accord de libre-échange aura également un impact environnemental significatif en raison de l’augmentation de la production de produits agricoles afin de répondre à la demande européenne entraînant une augmentation des rejets de gaz à effet de serreainsi qu’une déforestation grandissante. De plus, la vente de pesticides eprovenance des pays d’Amérique latine risque de finir dans l’assiette des consommateurs, avec de potentielles conséquences sanitaires pour ces derniers (cancers, infertilité, …).

À ce climat actuel tendu s’ajoute un épisode de dermatose nodulaire contagieuse. La dermatose nodulaire contagieuse est une maladie virale touchant les bovins. Elle n’est pas transmissible à l’être humain et ne représente aucun risque pour les humains. Face à cette épizootie (épidémie frappant les animaux, à ne pas confondre avec la zoonose, qui elle est une maladie transmissible par les animaux aux humains) le gouvernement a imposé l’abattage systématique de l’entièreté du cheptel dès lors qu’un bovin est contaminé. Cette mesure  a été fortement contestée  par certains agriculteurs. En réponse à ces contestations, le ministère de l’Agriculture a enclenché une campagne de vaccination massive.

L’ensemble de ces raisons ont conduit les agriculteurs à se mobiliser en masse. En définitive, l’accord Mercosur suscite de grandes inquiétudes du fait de l’écart de normes et de coûts de production entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Ces différences alimentent les craintes d’une concurrence déloyale, mais aussi d’impacts environnementaux et sanitaires qui interrogent sur les conséquences de cet accord pour les agriculteurs comme pour les consommateurs.