Depuis son lancement en France le 31 mars 2025, TikTok Shop a connu une croissance fulgurante. Dès le mois de septembre, l’Hexagone était devenu le premier marché européen de la plateforme, avec des dizaines de milliers de vendeurs actifs. Chaque vidéo, direct, ou recommandation peut se transformer en acte d’achat immédiat. Mais cette nouvelle pratique commerciale soulève des questions en matière de protection des consommateurs : achats compulsifs, influence commerciale dissimulée, identification du vendeur ou encore conformité des produits.

Contrairement aux autres plateformes d’e-commerce, Tiktok Shop entend transformer nos modes de consommation. Grâce à son algorithme, l’application analyse les habitudes de navigation et les centres d’intérêts de ses utilisateurs pour leur proposer des articles susceptibles de les intéresser. Acheter y est devenu très simple, un produit repéré dans une vidéo, un clic sur le panier, une commande validée et ce, sans quitter l’application.

Cette simplicité a des limites. Une polémique récente autour des lives-enchères de Magali Berdah, l’ancienne agente d’influenceurs, a relancé les interrogations sur les règles applicables à ces formats hybrides à mi-chemin entre le divertissement et le commerce.

Que le vendeur soit une grande marque ou un petit créateur de contenu, dès lors qu’il agit dans le cadre d’une activité professionnelle, il est qualifié de « professionnel » au sens du Code de la consommation. Il doit donc, avant toute commande, vous fournir une information claire sur le produit, son prix, ses modalités de livraison et son identité (article L221-5 du Code de la consommation).

Par conséquent, comme tout achat à distance, une commande passée sur TikTok Shop est soumise au droit européen de la consommation et au Digital Service Act (DSA) : droit de rétractation, garanties légales de conformité, obligations du vendeur en matière de livraison, obligations renforcées de transparence et de lutte contre les contenus illicites.

Mais si ce cadre protège en théorie l’acheteur, il ne suffit pas toujours à prévenir les dérives propres à ce nouveau format d’e-commerce, notamment lorsque le commerçant est situé hors de l’Union européenne.

En effet, une enquête récente de France Info a mis en évidence un afflux important de contrefaçons, d’imitations et de produits non conformes aux normes européennes sur TikTok Shop[1]. Parmi les produits concernés figurent notamment des cosmétiques dont la composition n’est pas clairement indiquée, des articles faisant déjà l’objet d’un signalement sur RappelConso, ou encore récemment des adaptateurs électriques dépourvus de certification.

Avant d’acheter, quelques précautions s’imposent : identifier le véritable vendeur, vérifier les informations figurant sur la fiche produit (origine, composition, certification requise, …), se méfier des prix anormalement bas, veiller à ce que les contenus promotionnels soient clairement identifiés, et conserver les preuves de la commande (capture d’écran, confirmation d’achat, échanges avec le vendeur).

En cas de litige, TikTok prévoit, dans ses CGV, qu’il intervient uniquement en qualité d’« intermédiaire » et que sa responsabilité ne peut être engagée au titre de l’exécution de la vente, le contrat étant conclu directement entre le consommateur et le vendeur.

L’utilisateur doit ainsi effectuer ses premières réclamations auprès du vendeur concerné. La plateforme prévoit toutefois d’intervenir en qualité de « tiers neutre » lorsque les parties ne parviennent pas à résoudre leur litige, afin de faciliter un règlement amiable.

Ainsi, le droit de la consommation, aussi protecteur soit-il, laisse encore aujourd’hui entrevoir certaines brèches. En attendant un encadrement réglementaire européen plus strict (futur Digital Fairness Act), le consommateur doit redoubler de vigilance.

 

[1] ENQUÊTE. Plongée au cœur de TikTok Shop, un « télé-achat » inondé par les contrefaçons, imitations et produits bas de gamme – franceinfo