Le 5 janvier dernier, la France a publié un arrêté interdisant l’importation et la mise sur le marché de produits alimentaires traités avec 5 pesticides interdits dans l’Union européenne. Présentée comme une mesure de sécurité alimentaire au profit des consommateurs, cette décision intervient dans un contexte de politique agricole sensible, principalement marquée par la négociation de l’accord Mercosur. Aussi, l’efficacité d’une telle mesure pose questions. On vous en dit plus.

Par arrêté publié le 5 janvier 2026 au Journal officiel, le Gouvernement a décidé de suspendre, pendant une durée maximale d’un an, l’importation, l’introduction et la mise sur le marché de produits alimentaires contenant des résidus de ces 5 pesticides : le mancozèbe, le thiophanate-méthyl, le carbendazime, le bénomyl et le glufosinate, des pesticides retirés du marché européen, en 2021, en raison de leur caractère dangereux pour la santé (effets cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction).

Une cinquantaine de produits sont concernés par cette suspension : des fruits (avocats, mangues, mandarines, pommes, poires, …), des légumes (aubergines, haricots verts, poivrons, tomates, …) mais aussi des céréales (avoine, blé, soja, …). Les distributeurs, les commerçants et les revendeurs disposaient donc d’un délai d’un mois, soit jusqu’au 8 février 2026, pour les retirer des étals. L’objectif, limiter l’exposition des consommateurs à des produits alimentaires jugés nocifs.

Cette décision s’appuie sur la réglementation européenne qui autorise chaque État membre à prendre, de façon unilatérale, des mesures d’interdiction d’import de produits contenant des substances interdites à des niveaux préoccupants.

La France reste cependant suspendue à la décision de la Commission européenne, qui disposait d’un délai de 10 jours à compter de la présentation officielle de la mesure à Bruxelles le 20 janvier, pour valider ou s’opposer à cette mesure. A ce jour, la Commission ne s’est pas encore prononcée, mais elle travaille sur une révision des règles européennes abaissant tous les niveaux maximums de résidus au zéro technique pour le thiophanate-méthyl, le carbendazime et le bénomyl.

Si l’objectif de cette décision est de protéger les consommateurs face aux risques sanitaires liés à ces pesticides, cette suspension demeure insuffisante. L’arrêté du 5 janvier ne vise que les produits alimentaires contenant des traces mesurables de ces substances. Or, de nombreux pesticides se dégradent ou se dispersent dans les sols et dans les airs sans laisser de résidus détectables. Echappent donc à cette suspension les effets cumulés de ces pesticides présents à faible dose dans les denrées alimentaires.

Cet arrêté marque la volonté du gouvernement de garantir une meilleure politique de santé publique. Mais la volonté de l’Union européenne de conclure des accords commerciaux internationaux, notamment avec l’accord du Mercosur, ne doit pas se faire aux dépens des normes sanitaires européennes.